Un quartier, une histoire : Yahoué Imprimer
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Depuis l’ancienne ferme école, qui accueillit les premiers transportés libérables, jusqu’au quartier le plus peuplé de la commune du Mont-Dore, Yahoué a fait du chemin. Jouxtant la capitale, il doit son expansion à son cours d’eau et à ses terres fertiles.

Dès les débuts de la colonisation, Yahoué est choisi comme terre d’accueil du bagne, avec la création d’un des deux centres pénitentiaires de formation agricole. Le but de l’Administration pénitentiaire est de former les transportés aux techniques agricoles pour développer la colonie.

À l’initiative d’Adolphe Boutan, une ferme modèle est créée, sur une surface de 76 hectares. Ses nombreuses pépinières permettent de fournir des graines et des plants de café et de fruits exotiques, des animaux ou du matériel agricole, notamment destinés aux colons.

À partir de 1868, elle devient une ferme école pour permettre aux « libérés » rendus à la vie civile de mettre en valeur une concession. Le but est aussi de procurer aux colons propriétaires la main-d’oeuvre utile qui leur fait défaut.

Le succès de Boutan

Le programme agricole mis en place par Adolphe Boutan à la ferme école permet l’essor de nombreuses cultures, notamment fruitières, dont certaines variétés importées de La Réunion sont très appréciées. Boutan construit des machines agricoles vendues à un prix trois fois inférieur au matériel importé.

Les bovins, caprins, ovins nés à la ferme sont destinés à la Brousse. Pour améliorer la race chevaline, il fait venir d’Australie de splendides étalons pur-sang.

Longtemps président de la Société des Courses de Nouméa, c’est un des « mordus des courses de chevaux » qui organisent la première course hippique, le 16 août 1865, à la Baie-des- Citrons.

Les premiers cerfs

C’est lui qui introduit le premier couple de cerfs. Après cette tentative infructueuse, le Gouverneur Guillain importe 12 cerfs Rusa, le 6 février 1870. Cinq ans plus tard, une trentaine de cervidés occupent le petit enclos de Yahoué. Trois couples sont conservés, les autres sont lâchés dans la nature. En août 1877 a lieu la première chasse au cerf, à Koutio-Kouéta.

Mais le succès d’Adolphe Boutan dérange l’Administration pénitentiaire, devenue un véritable « État dans l’État », qui conteste sa gestion de la ferme. En janvier 1873, le Directeur de la Pénitentiaire porte plainte contre lui et obtient sa révocation. Faute d’intention frauduleuse, le prévenu sera libéré.

Il restera en Nouvelle-Calédonie à titre privé, permettant à l’agriculture calédonienne de faire un grand pas en avant. La main-d’oeuvre pénale à la ferme modèle prendra fin le 13 mai 1873.

De l’eau pour Nouméa

La capitale ne disposant pas d’un cours d’eau, elle prévoit de construire, en 1871, une conduite d’eau avec un barrage sur la Yahoué. Les travaux ne débuteront qu’en mars 1875, avec l’arrivée du Gouverneur Pritzbuer.

La conduite forcée sous tuyaux de fonte est enfouie sur 10 km, de Yahoué à Nouméa, et un réservoir de 1 766 m3 est construit près du palais du Gouverneur. Inaugurée le 17 février 1877, la « Conduite de Pritzbuer » améliorera grandement les conditions de vie des Nouméens.

L’orphelinat de garçons

Sur décision du Gouverneur Pallu de La Barrière, un orphelinat de garçons, créé à Nouméa le 23 juillet 1877, est transféré à la ferme de Yahoué et placé sous la direction du Frère supérieur des Petits Frères de Marie. En 1882, 75 élèves sont formés à la menuiserie et à la forge, à la couture et aux travaux des champs. Les produits de la ferme sont principalement destinés à l’hôpital de Nouméa.

Le 17 août 1885, le Conseil général se réunit pour la première fois et le Conseiller général Simon demande la laïcisation de l’orphelinat, contraignant les frères à quitter l’établissement.

Julien Bernier prend la direction de Yahoué pour 2 ans. Le Conseil général votera ensuite la répartition des orphelins dans des familles calédoniennes…

Un jardin scandaleux

En novembre 1899, l’école devient un jardin d’essai. Ce projet est défendu par le Conseiller Escand qui demande le vote d’un crédit de 32 000 francs avant de devenir directeur rémunéré du jardin d’essai, logé sur place. Le quotidien La France australe parle d’un vote « Escand… aleux ». Le Gouverneur Feillet fait alors venir de Métropole, début 1901, l’ingénieur agronome Marius Etesse pour diriger la nouvelle ferme école de Yahoué.

Peu nombreux, les élèves sont des fils de colons. Après le départ du Gouverneur Feillet, en 1902, la ferme école fermera ses portes, selon le voeu de M. Laroque et à la suite d’une pétition. Son directeur quittera la colonie et la vente publique du bâtiment aura lieu en 1908.

Le vin du Docteur Blandeau

Installé au col d’Amieu, le Docteur Blandeau obtient de belles récoltes de raisin et loue une propriété dans la vallée de Yahoué pour « faire du vin calédonien ». En 1906, il y plante de la vigne et fait ses premières vendanges deux ans plus tard. Il met son vin en bouteille et crée, en 1909, la « Compagnie calédonienne des Vins », avec des colons de Païta et de Saint-Vincent.

En 1910, le vignoble de Yahoué couvre plus de 2 hectares quand ses grains mûrs ou verts sont la proie des guêpes et des oiseaux. Cette récolte perdue vient à bout de la volonté du docteur-viticulteur qui décide de rentrer en France.

Des Américains à Yahoué

En 1942, les forces américaines sont en Nouvelle-Calédonie depuis mars. Leur présence à Yahoué permettra la mise en culture de toutes les terres arables le long de la rivière, jusqu’au Pont-des-Français. Cet important maraîchage fournit les ordinaires des troupes US installées à Koutio-Kouéta.

Aujourd’hui, la commune a conservé une importante production de fruits tropicaux et du maraîchage sous ombrage destiné au Marché de gros de Nouméa. L’extraordinaire développement urbain de cette vallée concentre des habitations dont le style, les couleurs et les jardins rivalisent de goût et de personnalité.

 

Fiche technique

Superficie : 589 ha (5,89 km2)
Quartiers limitrophes : Pont-des-Français, La Conception, Saint-Louis...
Population : 3 190 habitants (recensement de 2014) contre 1 813 en 1989.
Densité : 541,59 hab/km2 (Mont-Dore : 42,2 hab./km2)
Équipements économiques : centre commercial, cabinet médical et pharmacie, épicerie, boucherie.
Productions agricoles : fruits, maraîchage, fleurs…
Équipements scolaires : école maternelle Les Fougères, école élémentaire Adolphe-Boutan, groupe scolaire de Yahoué.
Animation jeunesse : association La Palmeraie.
Sports et loisirs : parc de Yahoué, plateau sportif des Mussandas.
Tourisme : cascade et forêt primaire (sentier balisé), pétroglyphes sur le versant est de la rivière Yahoué (découverts par Luc Chevalier en 1963).

 

Source : Ville du Mont-Dore. Terre de couleurs et couleurs de terres, Découverte historique et touristique, de l’historien Luc Chevalier.

Mise à jour le Jeudi, 09 Mai 2019 15:52
 
 

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