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AUJOURD’HUI : LA LEMBI-MOUIRANGE

 

Le grenier rouge du Sud

 

Situé aux portes du Grand Sud, le quartier de La Lembi-Mouirange est relativement peu peuplé mais il abrite plusieurs exploitations agricoles de grande envergure. Et pourtant, le service de l’agriculture, par le passé, ne misait pas un sou sur son potentiel. L’histoire de ce quartier très verdoyant est aussi celle de la mine et de la forêt.

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Vallée de La Lembi, terre de couleurs.

En 1864, le lieutenant Bourgey, dans son rapport de l’exploration du Sud de la Nouvelle-Calédonie, désigne le bassin au nord-ouest de La Coulée, traversé par un itinéraire coutumier Nékoue-Yaté-Unia, sous son premier nom kanak « Nimbé ». Quelques décennies plus tard, il réapparaît sous le nom de Lembi. Bourgey désigne aussi par le nom indigène de « M’ma-ouirango », un sommet qui sépare le bassin de la Lembi de celui de la rivière des Pirogues, précisant qu’il « tire son nom de sa forme semblable à une hutte indigène ». Dans ses ouvrages d’ethnologie, Jean Guiart a évoqué « les grandes enjambées du dieu Virego laissant une tache de terre rouge, humide et fertile, partout où il posait le pied droit, et se terminant à Nebura. » Ce dieu se serait ensuite établi au sommet « Mwa Virego », 465 mètres, dominant le col de Mouirange.

 

Géologie et exploitation forestière

Le bassin de la Lembi-Mouirange offre aux visiteurs des couleurs résultant de l’altération du sous-sol : le rouge provient de la roche mère, la péridotite. Les tons beige, orange, violet et blanc sont ceux d’une roche ultrabasique surnommée « gabbro », une « ouenite » (nom donné par le professeur Lacroix qui a étudié les spécimens de l’île Ouen) souvent taillée par les lapidaires calédoniens.

 

pont du chemin de fer

Pont du chemin de fer

 

Dans le fond du bassin de la Lembi, une masse forestière appelée « Forêt Desmazures » (du nom du déclarant) est exploitée en 1924 par la société Le Kaori, filiale de Ballande. Les grumes de kaoris sont acheminées par une voie ferrée raccordée à celle de la société des Hauts Fourneaux.

 

Exploitations minières

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Mine GR2H

 

gaetan briniLes ressources minières, en particulier le chrome, attirent aussi les convoitises. La seule mine exploitée est baptisée GR2H (les initiales des prénoms des associés Gaëtan Brini, René Lucien, Henri Lucien et Henri Brini). Cette carrière à ciel ouvert comprenait du chrome massif, à 50 % de teneur, et du chrome piqué, de 35 à 40 % qui était broyé, lavé et traité par tables à secousses pour éliminer la magnésie puis chargé sur des chalands à l’embouchure de La Coulée. La GR2H a ensuite été exploitée par MM. Brunelet et Fricotté, puis par JC Berton, produisant 12 534 tonnes de chrome. La petite mine Valérie, appartenant à M. Lafleur, a produit 800 tonnes de chrome « éluvial » (désagrégé mais resté en place).

 

 

Gaëtan Brini.

 

La route Mont-Dore/Yaté

M. Bernheim obtient, en 1910, une concession pour un barrage sur la rivière Yaté afin de fournir l’énergie nécessaire à la fusion du minerai de nickel en ferronickel. 

Ce procédé avait été utilisé sur la cascade de Tao, à Hienghène. C’est un programme important pouvant bénéficier à la ville de Nouméa, avec des voies d’accès terrestres. Une main-d’œuvre originaire de Slovénie, les Dalmates, arrivée en 1901, tracera le premier sentier du col de Plum à la cascade Babene à l’aide de simples outils de jardin. On l’appelle toujours « sentier des Dalmates ». 

C’est seulement fin 1945 qu’une route sera réalisée par une section militaire de l’armée française, à l’aide de matériel de travaux publics, avant d'être inaugurée en 1948.

 

Première installation européenne

Né à Pouembout, Gaëtan Brini est le premier Européen à obtenir une concession de terre dans la vallée de la Lembi. Entre autres cultures, il plante de la vigne et en tire du vin rouge, fait de l’élevage et exploite le bois. Il est rejoint par son beau-frère, M. Ducomun. Directeur de l’école professionnelle du collège Lapérouse, ce dernier a formé de nombreux Calédoniens aux métiers de forgeron et de tourneur. De nombreuses demandes de concessions gratuites sont refusées par le service de l’agriculture, estimant que « dans cette terre rouge, rien ne poussera ». Deux Calédoniens, Salmon et Colle, se lancent toutefois avec succès dans la culture mécanisée de l’ananas et des ignames (une première). Le bassin de la Lembi rassemble aujourd’hui plusieurs dizaines de maraîchers. C’est devenu l’un des greniers de Nouméa, sans oublier la sylviculture de Roger Talamona, une figure du quartier.

 

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Cultures dans la vallée de La Lembi, sur le morcellement de Mouirange.

 

Source : Ville du Mont-Dore. Terre de couleurs et couleurs de terres, Découverte historique et touristique, de l’historien Luc Chevalier.

 
 

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