Un quartier, une histoire : Vallon-Dore, 1ère partie Imprimer

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Votre quartier a une histoire qui en fait son âme et sa particularité. Retrouvez, à chaque numéro, l’histoire d’un quartier de la commune. Aujourd’hui : le Vallon-Dore. (1ère partie) 

L’arrière-pays  du Mont d’Or

Voisin du quartier du Mont-Dore Sud, le Vallon-Dore est situé entre mer et montagne. Il fut autrefois célèbre pour sa briqueterie, qui connut plusieurs propriétaires successifs.

 

Dominant la région, le Mont-Dore (noms kanak : Goumba et Kouié Petit Mont-Dore) est un massif à la silhouette trapue qui s’élève à 772 mètres d’altitude. Visible de loin, il n’est pas le plus haut sommet de la ville car dépassé par le Mont Bouo (alt. 1 061 m) limitrophe de Dumbéa. Son nom d’origine (Mont d’Or) lui fut attribué par le Commandant Tardy de Montravel, en 1855, à cause d’une pépite d’or qui aurait été trouvée dans la région par le colon James Paddon. La présence d’or au Mont d’Or est cependant peu probable, compte tenu de sa formation géologique. James Paddon aura plutôt trouvé un morceau de pyrite de cuivre (chalcopyrite), surnommée « or des Fous ».

 

La géologie du Mont-Dore est divisée en terrains sédimentaires « affectés par une tectonique violente » , de terrains du Crétacé dits Formations à charbon, d’une formation volcanique (basalte) de 0 à 200 m d’altitude et d’une « masse péridotitique recouvrante » allant jusqu’au sommet.

 

Jusqu’en 1950, l’orthographe officielle est restée Mont d’Or. Puis, lors de la commercialisation de lotissements sont apparus les noms de Mont-Dore et de Vallon-Dore, voire de VallonDoré. L’appellation Mont-Dore a été officialisée en 1958, avec la publication des cartes de l’IGN (Institut géographique national).

 

Le premier colon du Vallon

 

Francis-Hughes O’Beirne, un Irlandais né à Sligo en 1827, arrive à Port-de-France via Sydney en 1860, à bord du navire anglais Woolack. En 1865, il est le seul propriétaire d’une surface de 497 ha 40 ca, coiffant la totalité de la pointe Bureau et débordant largement de l’actuelle superficie du Vallon-Dore. Il y fait des cultures maraîchères, maïs, café, coton, élevage et volaille. Il habite dans une maison qu’il a construite, non loin de la tombe qui sera érigée après sa mort, le 14 février 1883. Bien que marié, il ne semble pas qu’il eût des descendants. Cet homme, qui a joué un rôle important dans sa région, en tant que membre de la Commission du Bétail et de la Commission des Mines, prospecteur et mineur, n’a pas été honoré dans la presse nouméenne de l’époque, de la moindre nécrologie. En revanche, sa tombe est régulièrement désherbée et fleurie par un double bouquet de lauriers entourant la croix

 

Des briques par milliers

 

En 1884, son ami Gérolimo Draghicevitz – surnommé Monsieur Jérôme (en photo) – se rend acquéreur de la propriété. Au Nord de la pointe Bureau, l’argile est de qualité supérieure, ce qui le pousse à déménager à cet endroit sa fabrique située route de Saint-Louis. Le voisinage immédiat du bord de mer facilite le transport par voie maritime. À la fin 1886 sortent les premières briques estampillée s « D O R » . Le four chauffé au bois de niaouli peut avaler 150 000 briques (chiffre donné par l’arrière-petite-fille de M. Draghicevitz en 1989).

 

 

 

 

La briqueterie est alimentée en eau douce par une conduite à ciel ouvert longue de 6 km. Les briques sont transportées jusqu’à Nouméa par une petite chaloupe à vapeur. Un chargement complet de briques estampillées « MONT D’OR » a coulé en chemin et repose par 13 mètres de fond au large de l’île Sainte-Marie. (En 1991, une plongée de Pierre Larue, membre de l’association Fortunes de Mer, a permis de retrouver, de façon fortuite, ce chargement, ndlr.)

 

Le tragique destin de Draghicevitz

 

 Après avoir logé avec son épouse et ses 6 enfants dans l’ancienne maison de M. O’Beirne, le patron de la briqueterie entreprend la construction d’une maison de maître de 352 m2… en briques ! Située sur la colline de la pointe Bureau, elle comprend de nombreuses chambres, salon-salle à manger, salle d’eau et une spacieuse véranda.

 

Il n’aura pas l’occasion d’apprécier longtemps la quiétude de cette bâtisse située en sous-bois. Le samedi 22 mars 1902, alors qu’il poursuivait dans une embarcation un cerf qui s’était lancé à la mer près de sa propriété, M. Draghicevitz parvint à le tuer et donna l’ordre aux Kanak qui étaient avec lui de hisser le cadavre à bord. À la suite d’une mauvaise manœuvre, la baleinière chavira, jetant à la mer ses occupants. Excellent nageur, Gérolimo se mit à nager en direction du rivage avec les deux Kanak. Mais il coula tout à coup en criant « Mon Dieu… Mon Dieu… ! »

 

La valse des repreneurs

 

Deux mois après, Prosper de Greslan proposa à l’épouse du briquetier de lui louer la totalité des biens du défunt et de reprendre la fabrication des briques. Il en fit ensuite l’acquisition pour la somme de 120 000 F (Or). Les briques furent estampillées avec les initiales du nouveau fabricant : « Mont-Dore P de G ».

 

Dix ans plus tard, Prosper de Greslan vendait à son tour l’ensemble des biens à M. Brajeul, notaire à Nouméa et propriétaire à La Coulée. Dans les années 1920, la briqueterie fut revendue à Albert Varin, entrepreneur architecte-voyer de la Ville de Nouméa qui la donna en location à Ernest Creugnet. Pendant plus d’un demi-siècle, cette première briqueterie n’a pas cessé de produire des briques avant de cesser toute activité en 1936, tandis que M. Creugnet partit s’établir sur un terrain familial à La Conception.

 

La briqueterie de Jean Lafleur

 

Cependant, l’histoire des briques n’était pas tout à fait terminée au Vallon-Dore. En 1954, dans le lieu-dit « La plaine des Lacs » , Jean Lafleur ouvre l’exploitation d’une nouvelle briqueterie. Au cours d’un voyage en Métropole, il a étudié de près cette industrie, appliquant ainsi des principes modernes dans son usine baptisée « La Céramique du MontDore » qui commença à produire en 1960. La matière première est extraite à 2 km seulement de l’usine, non loin du bord de mer. Le personnel regroupe alors 23 employés placés sous les ordres d’un briquetier de métier à l’accent provençal. Chacun des 6 fours contient 7 000 briques cloisonnées avec deux formats différents. Le tout représente un investissement de 10 millions de francs. Très demandées jusqu’à l’arrivée du béton, ces briques ont connu un vif succès comme matériau de construction.

 

Retrouvez, dans votre prochain numéro, la suite de l’histoire du Vallon-Dore, exceptionnellement divisée en deux volets.

 

Source : Ville du Mont-Dore. Terre de couleurs et couleurs de terres, Découverte historique et touristique , de l’historien Luc Chevalier.

 

Mise à jour le Mercredi, 20 Mai 2020 15:08
 
 

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